📖 Poésies

Charogne

Charles Baudelaire

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,

Ou s'élançait en pétillant ;

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l'eau courante et le vent,

Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique

Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève

Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète

Nous regardait d'un œil fâché,

Épiant le moment de reprendre au squelette

Le morceau qu'elle avait lâché.

— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

À cette horrible infection,

Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,

Après les derniers sacrements,

Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,

Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés !

Chant1

Nicolas Boileau

C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur

Pense de l’art des vers atteindre la hauteur :

S’il ne sent point du ciel l’influence secrète,

Si son astre en naissant ne l’a formé poëte,

Dans son génie étroit il est toujours captif ;

Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif.

Ô vous donc qui, brûlant d’une ardeur périlleuse,

Courez du bel esprit la carrière épineuse,

N’allez pas sur des vers sans fruit vous consumer,

Ni prendre pour génie un amour de rimer :

Craignez d’un vain plaisir les trompeuses amorces,

Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.

La nature, fertile en esprits excellens,

Sait entre les auteurs partager les talens :

L’un peut tracer en vers une amoureuse flamme ;

L’autre d’un trait plaisant aiguiser l’épigramme :

Malherbe d’un héros peut vanter les exploits ;

Racan chanter Philis, les bergers et les bois :

Mais souvent un esprit qui se flatte et qui s’aime

Méconnoît son génie, et s’ignore soi-même :

Ainsi tel, autrefois qu’on vit avec Faret

Charbonner de ses vers les murs d’un cabaret,

S’en va, mal à propos, d’une voix insolente,

Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante,

Et, poursuivant Moïse au travers des déserts,

Court avec Pharaon se noyer dans les mers.

Quelque sujet qu’on traite, ou plaisant, ou sublime,

Que toujours le bon sens s’accorde avec la rime :

L’un l’autre vainement ils semblent se haïr ;

La rime est une esclave, et ne doit qu’obéir.

Lorsqu’à la bien chercher d’abord on s’évertue,

L’esprit à la trouver aisément s’habitue ;

Au joug de la raison sans peine elle fléchit,

Et, loin de la gêner, la sert et l’enrichit.

Mais lorsqu’on la néglige, elle devient rebelle ;

Et pour la rattraper le sens court après elle.

Aimez donc la raison : que toujours vos écrits

Empruntent d’elle seule et leur lustre et leur prix.

La plupart, emportés d’une fougue insensée,

Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée :

Ils croiroient s’abaisser, dans leurs vers monstrueux,

S’ils pensoient ce qu’un autre a pu penser comme eux.

Évitons ces excès : laissons à l’Italie

De tous ces faux brillans l’éclatante folie.

Tout doit tendre au bon sens : mais pour y parvenir

Le chemin est glissant et pénible à tenir ;

Pour peu qu’on s’en écarte, aussitôt on se noie :

La raison pour marcher n’a souvent qu’une voie.

Un auteur quelquefois trop plein de son objet

Jamais sans l’épuiser n’abandonne un sujet.

S’il rencontre un palais, il m’en dépeint la face ;

Il me promène après de terrasse en terrasse ;

Ici s’offre un perron ; là règne un corridor ;

Là ce balcon s’enferme en un balustre d’or.

Il compte des plafonds les ronds et les ovales ;

« Ce ne sont que festons, ce ne sont qu’astragales. »

Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin,

Et je me sauve à peine au travers du jardin.

Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile,

Et ne vous chargez point d’un détail inutile.

Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ;

L’esprit rassasié le rejette à l’instant :

Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire.

Souvent la peur d’un mal nous conduit dans un pire :

Un vers étoit trop foible, et vous le rendez dur ;

J’évite d’être long, et je deviens obscur ;

L’un n’est point trop fardé, mais sa muse est trop nue ;

L’autre a peur de ramper, il se perd dans la nue.

Voulez-vous du public mériter les amours ?

Sans cesse en écrivant variez vos discours.

Un style trop égal et toujours uniforme

En vain brille à nos yeux, il faut qu’il nous endorme.

On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer,

Qui toujours sur un ton semblent psalmodier.

Heureux qui, dans ses vers, sait d’une voix légère

Passer du grave au doux, du plaisant au sévère !

Son livre, aimé du ciel, et chéri des lecteurs,

Est souvent chez Barbin entouré d’acheteurs.

Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse :

Le style le moins noble a pourtant sa noblesse.

Au mépris du bon sens, le burlesque effronté

Trompa les yeux d’abord, plut par sa nouveauté.

On ne vit plus en vers que pointes triviales ;

Le Parnasse parla le langage des halles ;

La licence à rimer alors n’eut plus de frein ;

Apollon travesti devint un Tabarin.

Cette contagion infecta les provinces,

Du clerc et du bourgeois passa jusques aux princes.

Le plus mauvais plaisant eut ses approbateurs ;

Et, jusqu’à d’Assouci, tout trouva des lecteurs.

Mais de ce style enfin la cour désabusée

Dédaigna de ces vers l’extravagance aisée,

Distingua le naïf du plat et du bouffon,

Et laissa la province admirer le Typhon.

Que ce style jamais ne souille votre ouvrage.

Imitons de Marot l’élégant badinage,

Et laissons le burlesque aux plaisans du Pont-Neuf.

Mais n’allez point aussi, sur les pas de Brébeuf,

Même en une Pharsale, entasser sur les rives

« De morts et de mourans cent montagnes plaintives. »

Prenez mieux votre ton. Soyez simple avec art,

Sublime sans orgueil, agréable sans fard.

N’offrez rien au lecteur que ce qui peut lui plaire.

Ayez pour la cadence une oreille sévère :

Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots,

Suspende l’hémistiche, en marque le repos.

Gardez qu’une voyelle à courir trop hâtée

Ne soit d’une voyelle en son chemin heurtée.

Il est un heureux choix de mots harmonieux,

Fuyez des mauvais sons le concours odieux :

Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée

Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée.

Durant les premiers ans du Parnasse françois,

Le caprice tout seul faisoit toutes les lois.

La rime, au bout des mots assemblés sans mesure,

Tenoit lieu d’ornemens, de nombre et de césure.

Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers,

Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers.

Marot bientôt après fit fleurir les ballades ;

Tourna des triolets, rima des mascarades,

À des refrains réglés asservit les rondeaux,

Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux.

Ronsard, qui le suivit, par une autre méthode,

Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode,

Et toutefois longtemps eut un heureux destin.

Mais sa muse, en françois parlant grec et latin,

Vit dans l’âge suivant, par un retour grotesque,

Tomber de ses grands mots le faste pédantesque.

Ce poëte orgueilleux, trébuché de si haut,

Rendit plus retenus Desportes et Bertaut.

Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,

Fit sentir dans les vers une juste cadence,

D’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,

Et réduisit la muse aux règles du devoir.

Par ce sage écrivain la langue réparée

N’offrit plus rien de rude à l’oreille épurée.

Les stances avec grâce apprirent à tomber,

Et le vers sur le vers n’osa plus enjamber.

Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidèle

Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle.

Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté,

Et de son tour heureux imitez la clarté.

Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,

Mon esprit aussitôt commence à se détendre ;

Et, de vos vains discours prompt à se détacher,

Ne suit point un auteur qu’il faut toujours chercher.

Il est certains esprits dont les sombres pensées

Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;

Le jour de la raison ne le sauroit percer.

Avant donc que d’écrire apprenez à penser.

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,

L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Surtout qu’en vos écrits la langue révérée

Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.

En vain vous me frappez d’un son mélodieux,

Si le terme est impropre, ou le tour vicieux :

Mon esprit n’admet point un pompeux barbarisme,

Ni d’un vers ampoulé l’orgueilleux solécisme.

Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin,

Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse.

Et ne vous piquez point d’une folle vitesse :

Un style si rapide, et qui court en rimant,

Marque moins trop d’esprit, que peu de jugement.

J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,

Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,

Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,

Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

C’est peu qu’en un ouvrage où les fautes fourmillent,

Des traits d’esprit semés de temps en temps pétillent.

Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;

Que le début, la fin répondent au milieu ;

Que d’un art délicat les pièces assorties

N’y forment qu’un seul tout de diverses parties,

Que jamais du sujet le discours s’écartant

N’aille chercher trop loin quelque mot éclatant.

Craignez-vous pour vos vers la censure publique ?

Soyez-vous à vous-même un sévère critique.

L’ignorance toujours est prête à s’admirer.

Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;

Qu’ils soient de vos écrits les confidens sincères,

Et de tous vos défauts les zélés adversaires.

Dépouillez devant eux l’arrogance d’auteur ;

Mais sachez de l’ami discerner le flatteur.

Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.

Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue.

Un flatteur aussitôt cherche à se récrier :

Chaque vers qu’il entend le fait extasier.

Tout est charmant, divin : aucun mot ne le blesse ;

Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ;

Il vous comble partout d’éloges fastueux.

La vérité n’a point cet air impétueux.

Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,

Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :

Il ne pardonne point les endroits négligés,

Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés,

Il réprime des mots l’ambitieuse emphase ;

Ici le sens le choque, et plus loin c’est la phrase.

Votre construction semble un peu s’obscurcir :

Ce terme est équivoque : il le faut éclaircir.

C’est ainsi que vous parle un ami véritable.

Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable

À les protéger tous se croit intéressé,

Et d’abord prend en main le droit de l’offensé.

« De ce vers, direz-vous, l’expression est basse.

— Ah ! monsieur, pour ce vers je vous demande grâce,

Répondra-t-il d’abord. — Ce mot me semble froid,

Je le retrancherois. — C’est le plus bel endroit !

— Ce tour ne me plaît pas. — Tout le monde l’admire.

Ainsi toujours constant à ne se point dédire,

Qu’un mot dans son ouvrage ait paru vous blesser.

C’est un titre chez lui pour ne point l’effacer :

Cependant, à l’entendre, il chérit la critique :

Vous avez sur ses vers un pouvoir despotique

Mais tout ce beau discours dont il vient vous flatter

N’est rien qu’un piège adroit pour vous les réciter.

Aussitôt il vous quitte ; et, content de sa muse.

S’en va chercher ailleurs quelque fat qu’il abuse ;

Car souvent il en trouve : ainsi qu’en sots auteurs,

Notre siècle est fertile en sots admirateurs ;

Et, sans ceux que fournit la ville et la province,

Il en est chez le duc, il en est chez le prince.

L’ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,

De tout temps rencontré de zélés partisans ;

Et, pour finir enfin par un trait de satire.

Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire.

Ulysse

Joachim du Bellay

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestui-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

Demain

Victor Hugo

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur.

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Luttent

Victor Hugo

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front,

Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime,

Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime,

Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,

Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.

C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,

C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche,

Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins.

Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.

Car de son vague ennui le néant les enivre,

Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre.

Inutiles, épars, ils traînent ici-bas

Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.

Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.

Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,

Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,

N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;

Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,

Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,

Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,

Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.

Ils sont les passants froids, sans but, sans nœud, sans âge ;

Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;

Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,

Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.

L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;

Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,

Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,

Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière

Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière !

Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va !

Rire de Jupiter sans croire à Jéhova !

Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme !

Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme !

Pour de vains résultats faire de vains efforts !

N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts !

Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,

Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires,

Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;

Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,

Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues,

Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !

Mignonne

Pierre de Ronsard

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place,

Las, las ses beautés laissé choir !

Ô vraiment marâtre Nature,

Puisqu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté.